Comprendre les bases du rythme en musique

Le rythme est probablement l’une des notions les plus importantes en musique. Sans lui, les instruments ne jouent pas ensemble et le public perd ses repères. Il est aussi important de maîtriser les outils rythmiques pour communiquer facilement entre musiciens. Cet article propose de couvrir les bases de la manière la plus compréhensible possible.

Une histoire de pulsation

Dans sa définition la plus large, le rythme correspond à une pulsation, c’est à dire à un battement régulier. C’est le nombre de pulsations sur soixante secondes qui définit le tempo du morceau (tempi au pluriel). On mesure donc ce tempo en BPM pour Battement Par Minute. On distinguera les tempi lents, modérés et rapides.

Le tempo d’un morceau peut aussi être décrit par son mouvement, une notion de vitesse moins précise et plus axée sur l’intention derrière l’interprétation. Traditionnellement, le nom des mouvements est donné en italien.

À titre d’indication, voici quelques tableaux d’équivalences :

MouvementSignificationBPM
LargoLarge, ample40 à 60
LentoLent52 à 68
AdagioÀ l’aise, posé60 à 80
Tempi lents
MouvementSignificationBPM
AndanteAllant, ni lent ni vif76 à 100
ModeratoModéré88 à 112
AllegrettoPlutôt gai100 à 128
Tempi modérés
MouvementSignificationBPM
AllegroGai112 à 160
VivaceVif120 à 140
PrestoRapide140 à 200
PrestissimoTrès rapideSupérieur à 188
Tempi rapides

On remarquera que certains BPM se superposent d’un mouvement à l’autre. Cela montre bien que le mouvement est avant tout une affaire de ressenti, là où le BPM correspond à une valeur absolue.

Un temps pour tout

L’écart entre chaque battement s’appelle un temps. Par souci pratique, ces temps sont regroupés dans des mesures. Lors d’une répétition ou d’un enregistrement, il sera en effet plus simple de dire aux musiciens qu’ils doivent reprendre à la sixième mesure plutôt qu’au 21ème temps.

Pour savoir combien de temps on compte dans une mesure, il faut regarder la signature rythmique du morceau, indiquée par le chiffrage. Il s’agit du double chiffre à côté de la clef en début de partition. Le chiffre du haut correspond au nombre de temps dans la mesure. Si c’est un 3, par exemple, cela signifie que chaque mesure compte trois temps.

Le deuxième chiffre de cette signature renseigne la valeur de l’unité de temps. C’est ce qui permet de savoir quelle figure de note servira de référence pour compter les temps. Les principales figures de notes sont :

  • la ronde (notée 1 au chiffrage) ;
  • la blanche (notée 2 au chiffrage) ;
  • la noire (notée 4 au chiffrage) ;
  • la croche (notée 8 au chiffrage) ;
  • La double-croche (notée 16 au chiffrage).

Chaque figure de note vaut le double de la suivante. Autrement dit, une blanche est deux fois plus rapide qu’une ronde et ainsi de suite. Dans la grande majorité des cas, on comptera le temps à la noire ou à la croche.

Ici, le 4 en haut du chiffrage indique quatre temps par mesure. Le 4 en bas du chiffrage indique que l’unité de référence pour compter le temps est la noire. Il y a donc 4 noires par mesure, soit 1 ronde, 2 blanches, 8 croches et 16 doubles-croches.

Ici, un piano interprétant cette partition :

Le son du silence

Le rythme passe aussi par les silences. Pour chaque figure de note, il existe un équivalent silencieux :

  • la ronde équivaut à une pause (notée sous la ligne de portée) ;
  • la blanche équivaut à une demi-pause (notée sur la ligne de portée) ;
  • la noire équivaut à un soupir ;
  • la croche équivaut à un demi-soupir ;
  • la double-croche équivaut à un quart de soupir.

Ici, un piano interprétant cette nouvelle partition (un métronome a été ajouté pour aider à compter les silences) :

Des temps forts et des temps faibles

Nous savons maintenant compter les temps à partir de la signature rythmique d’une partition et nous repérer sur plusieurs figures de notes ou de silence. Encore faut-il que le public ressente le rythme.

C’est là que l’interprétation rentre en jeu. En accentuant certaines notes, les musiciens soulignent des temps forts et des temps faibles. Par convention, le premier temps est généralement un temps fort. Le reste dépend de la signature rythmique. On se contentera d’observer les signatures les plus courantes en musique moderne grand public.

Le 2/4 : une sensation de balancement

En 2/4, on compte deux noires par mesure. Le premier temps est fort, le deuxième temps est faible. Cette signature donne une sensation de balancement qu’on éprouve très bien dans le morceau Do I Wanna Know? des Artic Monkeys :

Le 3/4 : une impression cyclique

En 3/4, on compte trois noires par mesure. Le premier temps est fort, les deux autres sont faibles. On se sent pris dans une sorte de boucle. Ce côté cyclique se retrouve dans la valse, mais aussi dans des ballades comme The Last Goodbye du groupe The Kills :

Le 4/4 : l’idée de la stabilité

En 4/4, on compte quatre noires par mesure. Le premier et le troisième temps sont forts. Les deux autres sont faibles. Pour se différencier du 2/4, le troisième temps est légèrement moins accentué que le premier. Le 4/4 donne une sensation de stabilité.

C’est une signature si commune qu’il est difficile de l’illustrer avec un exemple significatif. On peut néanmoins l’entendre clairement dans certains genres comme la disco. Le reste de Clara Luciani en témoigne :

Le 6/8 : le sentiment d’être entraîné

On compte six croches par mesures. La première croche est accentuée, la quatrième l’est également, mais un peu moins. Le fait de compter en croches donne au 6/8 un côté urgent, entraînant, que l’on peut retrouver dans On brûlera de Pomme.

Sortir du cadre : contretemps et syncopes

Le respect de l’accentuation sur les temps forts et les temps faibles n’est pas une règle absolue. Décaler les accents peut créer un effet rythmique intéressant. On peut notamment citer le contretemps et la syncope.

Le contretemps consiste à accentuer un temps faible avant de marquer un silence sur le temps fort suivant. C’est exactement ce que font les guitares ou les claviers dans le reggae, le ska et le reggaeton, comme sur Egaux de Nuttea et Kabaka Pyramid.

La syncope correspond aussi à un décalage d’accent. On peut obtenir un effet syncopé en marquant un temps faible et en le prolongeant sur le temps fort suivant (au lieu de l’arrêter sur ce temps fort comme dans le cas du contretemps).

Une autre manière de créer une syncope consiste à jouer les notes en avance ou en retard par rapport aux temps. La basse du morceau Bad Guy de Billie Eilish est particulièrement syncopée.

Créer du décalage : la figure pointée

La syncope joue sur les silences, mais aussi les prolongements de notes. La notion de figure pointée est alors importante. Il s’agit d’ajouter à une figure de note la moitié de sa valeur. On indique une figure pointée par un petit point sur la droite de cette figure.

Exemple

♩. = ♩ + ♪

Une noire pointée vaut une noire et une croche (la croche étant la moitié d’une noire).

Créer du décalage : le triolet

Autre outil : le triolet. Il s’agit de diviser en trois la durée nécessaire pour jouer deux figures de notes identiques. Marquer une troisième figure dans un espace prévu pour deux peut donner la sensation d’une élongation du temps.

Exemple

Sur les deux premières mesures de cet extrait en 4/4, le piano joue une noire à chaque temps. Les deux mesures suivantes, le piano joue en triolets. Cela signifie que le piano joue trois notes dans le temps qu’il lui faudrait pour jouer deux noires.

Conclusion : la partie visible de l’iceberg

Si vous avez pu suivre ce dernier exemple, vous disposez désormais des bases pour comprendre les essentiels du rythme. Cependant, il y a encore beaucoup à explorer : rythmes ternaires ou binaires, signatures inhabituelles, polyrythmie, motifs rythmiques, nuances de jeu… La liste est longue !

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