Traditionnellement, l’introduction est le premier contact entre une chanson et son public. Pourtant, ces dernières années, les intros ont tendance à se faire rares. Cette évolution invite à s’interroger sur les différents rôles que joue cette section si particulière au début d’un titre.
Comment identifier une introduction en musique ?
L’introduction doit plonger immédiatement le public dans l’ambiance d’un morceau. Cet esprit transparaît par plusieurs choses : le choix des instruments, le tempo, la tonalité ou encore l’harmonie.
Il n’est pas rare de retrouver les procédés de composition suivants dans une intro :
- le bruitage pour installer une atmosphère ;
- un aperçu de la suite d’accords du couplet ou du refrain ;
- les montées ou les balayages de bruits blancs pour créer de l’anticipation ;
- la présentation des chanteurs / chanteuses (surtout en Rn’B et Rap) ;
- une mélodie forte (vocale ou instrumentale) appelée riff ou hook ;
- un traitement audio particulier comme l’effet téléphone sur les voix ;
- l’entrée progressive des instruments.
Dans les musiques actuelles, l’intro est souvent dépourvue ou presque de paroles. Elles sont réduites à leur stricte minimum pour prendre de l’ampleur dans le couplet (le temps du récit). L’arrangement instrumental est, la plupart du temps, allégé pour la même raison. Voici quelques exemples d’introductions utilisant les techniques citées plus haut :
Aerodynamic, Daft Punk : l’intro « bruitage »
Dans son introduction, Aerodynamic capte notre attention grâce à un bruitage : une cloche d’église qui frappe de manière lente et régulière. Une atmosphère solennelle et inquiétante s’installe immédiatement. Nous venons d’obtenir deux informations : le tempo du morceau et sa tonalité probablement mineure.
Choisir une cloche d’église n’est pas anodin. L’instrument est associé à une dimension sacrée, voire mortuaire. Le hard rock et le métal ne s’y trompent pas : on entend une cloche au début de Hells Bell d’AC/DC, mais aussi For Whom The Bell Tolls de Metallica et Black Sabbath du groupe éponyme.
La cloche a aussi une valeur cinématographique, notamment grâce aux scènes de duels dans les westerns de Sergio Leone et son compositeur Ennio Morricone. De quoi convenir au clip de Daft Punk qui nous présente des méchants armés sur le point de mettre leur plan à exécution. La cloche annonce alors le calme avant la tempête.
Il n’est pas rare d’entendre d’autres bruitages au début de morceaux : foule, pluie, moteurs, sonnerie de téléphone. Tout ce qui peut mobiliser l’imaginaire.
Shape of You, Ed Sheeran : l’intro « suite d’accords »
Shape of You est construit sur une boucle au marimba, dont le motif ne varie que très légèrement au refrain. Si cette boucle est enrichie au fur et à mesure du morceau, l’introduction nous la présente dans sa version la plus brute.
La dimension organique boisée du marimba insuffle immédiatement une forme de sensualité, renforcée par le rythme syncopé. L’harmonie fait des allers-retours entre l’accord fondamental et la tierce comme les aimants qui s’attirent et se repoussent, mentionnés au refrain. Le motif répété traduit l’obsession au coeur du titre. En 6 secondes, tout le morceau est là.
Blinding Lights, The Weeknd : l’intro « hook »
Si Ed Sheeran nous présentait son titre par une suite d’accords, The Weeknd opte pour l’introduction mélodique. Un pad pose une première ambiance sombre, le thème musical se dévoile discrètement, puis le hook de synthé nous accroche et nous plonge dans un morceau pop trépidant.
Dans cette intro, l’accent est mis sur les sonorités et la mélodie. Le titre est un hommage aux années 80 et prend le temps de nous réhabituer à la couleur musicale de cette époque. Tout est fait pour évoquer Take on Me (a-ha) : harmonie similaire, rythmique similaire, mélodie et textures de synthés similaires. En 30 secondes, la proposition artistique est claire : nous faire remonter dans le temps à travers une production plus moderne.
Under the Bridge, Red Hot Chili Peppers : exemple d’intro à part
L’introduction d’Under the Bridge est un moment sans équivalent dans le morceau. Si elle annonce la présence de la guitare électrique, elle laisse un certain flou sur le tempo et la tonalité de la chanson. Le titre monte d’un ton dès son premier couplet, puis enchaîne les ralentissements et les accélérations.
On ne réentendra pas la suite harmonique de cette intro au cours du morceau. Elle donne pourtant le ton du titre. Le majeur et le mineur s’entremêlent, la progression est trompeuse, les arpèges nerveux finissent par s’ouvrir sur les accords.
Sans cette section, la chanson aurait l’air d’une énième complainte sentimentale ; sa présence nous surprend, fait varier notre humeur, oppose l’intimiste à l’extraversion. Les thématiques de la solitude et des stupéfiants abordées par les paroles sont déjà audibles.
Pourquoi les intros disparaissent-elles ?
Depuis l’ère du streaming à laquelle l’audience peut rapidement passer à un autre titre, les intros ont tendance à disparaître. Elles ont tendance à être remplacées par un refrain, la partie la plus forte des productions modernes. Lorsque l’intro existe, son rôle n’est plus seulement de contextualiser le morceau mais d’accrocher immédiatement l’oreille par un hook.
Au delà de l’offre gigantesque de musique, facilitant l’usage du bouton « skip », une autre raison peut expliquer la disparition des introductions : sur Spotify, un titre génère un revenu à partir de 30 secondes d’écoute. Le streaming étant le mode de consommation dominant de la musique, il devient plus rentable de raccourcir la durée des chansons en allant à l’essentiel.

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