En studio ou home studio avoir une bonne écoute est indispensable… Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, le choix de votre casque ou de vos enceintes n’est pas nécessairement la première chose à prendre en compte. L’aménagement acoustique de votre lieu de travail pourra être bien plus déterminant pour produire de la musique de qualité. Si rien ne vaut l’avis d’un acousticien, voici quelques conseils.
Pourquoi traiter l’acoustique d’une pièce ?
Vos oreilles vous mentent. En contexte de mixage, vos choix seront biaisés par votre écoute.
Pour illustrer cette idée, on peut citer les travaux de Fletcher et Munson qui montrent qu’en variant le volume, nous percevons différents équilibres de la plage de fréquences audibles. Les basses, par exemple, se perdent à un niveau d’écoute faible. On recommande souvent une écoute studio entre 70 dB et 85 dB (le seuil de fatigue auditive) pour percevoir une représentation équilibrée du spectre audio.

Autre phénomène non négligeable : l’effet Haas, ou effet de précédence. À moins de 50 millisecondes d’écart entre un son direct et l’écho qu’il produit, l’oreille ne perçoit qu’une seule information sonore. Ceci donne l’illusion qu’un son est plus fort qu’il ne l’est réellement. Les phénomènes de réflexion peuvent également masquer une partie du son dans le cas d’un filtrage en peigne dont nous avions parlé dans cet article sur la phase audio.
Pourquoi tenir compte de la physique ? Parce que votre espace d’enregistrement, mixage ou mastering obéit à des règles acoustiques. Le son s’y diffuse, se réfléchit, s’annule à certains endroits et s’amplifie à d’autres… Parfois à votre insu.
Note : ne pas confondre l’isolation et le traitement acoustique. La première notion consiste à éviter les nuisances sonores et les bruits parasites en empêchant le passage du son entre les espaces. Le traitement acoustique consiste, quant à lui, à optimiser les qualités sonores d’une pièce.
Choisir la bonne pièce pour votre home studio
Si vous n’êtes pas en mesure de construire une pièce spécifique à votre studio, il s’agira de choisir un endroit naturellement calme. Évitez de vous placer à proximité d’une fenêtre, dans une salle au carrelage réfléchissant ou près d’un frigo bruyant.
Quel que soit votre choix, les dimensions de votre pièce impacteront votre écoute. La résonance propre de votre espace crée des ondes stationnaires qui accentuent certaines fréquences à certains endroits de la pièce (les « ventres ») et qui en annulent à d’autres (les « nœuds »).
Entre deux surfaces parallèles, la fréquence de résonance se trouve grâce à la formule suivante :
Fréquence de résonance = c / 2L
« c » est la célérité du son dans l’air (340 m/s)
« L » est la distance entre les deux surfaces.
Ainsi, entre deux murs éloignés de 3,4 m, on trouvera une fréquence de résonance à 50 Hertz. Pour obtenir toutes les fréquences de résonance (les « modes« ) de votre pièce, appliquez la formule à la largeur, la hauteur et la longueur de l’espace. Vous identifierez ainsi les fréquences principales où votre écoute n’est pas fiable.
Dans les pièces cubiques où les distances entre les parois sont les mêmes, les phénomènes de résonance sont amplifiés. On préférera donc les pièces où la largeur, la longueur et la hauteur ont des valeurs différentes.
Placer vos enceintes dans la pièce
Avant toute chose : vos enceintes doivent être adaptées à la taille de votre pièce. Inutile d’acheter deux moniteurs de la taille d’une tour si vous mixez dans un placard. Dans la plupart des home studios, des enceintes deux voies (grave et aigu) suffisent amplement.
En ce qui concerne leur placement, celui-ci doit permettre une restitution fidèle du son. Pour entendre la même chose à gauche et à droite, on privilégiera une position à égale distance de chaque côté de la pièce, dans le sens de la longueur pour éviter les échos flottants, des réflexions trop rapprochées donnant un effet « salle de bain ».
Dans ce même souci de symétrie, vous devez former avec vos enceintes les trois sommets d’un triangle équilatéral. Les enceintes sont placées à la verticale et sont tournées vers votre tête. En plaçant le haut-parleur d’aigus (dit « tweeter ») à hauteur des yeux, vos oreilles devraient se trouver à distance équivalente des hautes et basses fréquences.

En amont de tout traitement acoustique aux murs, il est déjà possible d’atténuer les résonances autour de vos enceintes. Pour ce faire, ne les placez pas directement sur votre bureau. Privilégiez des pieds indépendants ou un support absorbant comme une mousse épaisse. Vous réduirez ainsi l’accentuation de certaines fréquences par la vibration de votre surface de travail.
Les basses fréquences circulent dans toutes les directions avec beaucoup d’énergie. Elles génèrent des interférences difficiles à contrôler. Écoutez bien le grave pour placer vos enceintes par rapport au mur du fond. Évitez tout de même de trop vous rapprocher du centre de la pièce. Si vous sentez un déséquilibre dans vos basses, vous pouvez également jouer avec les switchs à l’arrière de vos moniteurs. Ils vous permettront d’ajuster le niveau des hauts-parleurs graves et aigus.
Où poser vos panneaux acoustiques ?
Les mousses fines à coller sur les murs ne sont pas particulièrement efficaces pour traiter une pièce. Au mieux, elles absorberont une partie des fréquences aigües. Préférez les panneaux acoustiques épais en laine de roche ou laine de verre.
Un traitement de base consiste à atténuer les premières réflexions. Elles correspondent au son qui arrive aux oreilles de l’auditeur après un rebond sur une paroi. Pour placer vos panneaux, il faut imaginer que le son se comporte comme une boule de billard. Vous pouvez tester le meilleur emplacement en déplaçant une couverture sur le mur autour de l’endroit où vous estimez que le son rebondira.
Le deuxième enjeu (et non des moindres) est la gestion des basses. Vous pouvez gagner en contrôle en utilisant des bass trap. Ces panneaux particulièrement épais sont adaptés à l’absorption de l’importante énergie générée par les graves. Ils trouvent souvent leur place dans les coins de la pièce. De cette manière, vous traitez à la fois la largeur et la longueur de l’espace.

Pour aller plus loin…
La pièce parfaite n’existe pas. Il faudra parfois composer avec une fenêtre. On pourra alors placer un rideau devant une vitre trop réfléchissante. Si votre pièce est déjà aménagée, pas de panique : certains meubles comme les canapés, les tapis ou les bibliothèques peuvent faire office de d’absorbants.
Inutile aussi de vous précipiter sur les diffuseurs, ces panneaux acoustiques réfléchissants souvent prisés pour leur design. Ils ne vous seront utile que lorsque vous aurez réglé les principaux problèmes de votre pièce.
Pour avoir une idée précise de ces soucis, vous pouvez utiliser des logiciels d’analyse comme Room EQ Wizzard (gratuit) qui vous demanderont quelques connaissances acoustiques et un micro de mesure. Le constructeur de panneaux GIK Acoustics propose également un premier diagnostique gratuit de votre pièce.
Enfin, n’oubliez pas les bonnes pratiques : vérifiez votre travail sur plusieurs systèmes d’écoute, utilisez des morceaux de référence et ne variez pas sans cesse le volume de vos enceintes.

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