L’égalisation est l’une des techniques de mixage les plus importantes à maîtriser. Elle permet, grâce à un égaliseur (ou EQ), d’ajuster le niveau de graves, de médiums et d’aigus de chaque élément du morceau pour garantir un ensemble clair et agréable à écouter. On présentera ici les usages de l’égalisation les plus basiques dans un contexte de mixage.
L’équilibre fréquentiel : le terrain de jeu de l’EQ
Un égaliseur agit sur l’équilibre fréquentiel d’un son. C’est cet équilibre qui nous indique la hauteur du son (grave, medium ou aigu) et son timbre (ici, on observe un piano). Il est facile de représenter ces fréquences grâce à des analyseurs de spectre audio parfois directement intégrés dans votre DAW (logiciel de traitement audio).

Dans l’exemple ci-dessus, on remarque un pic de décibels (dB) plus élevé à gauche. C’est la fondamentale du son, exprimée en hertz (Hz). Elle correspond à la note jouée par notre piano. Les pics qui suivent sont des multiples de cette fondamentale appelés harmoniques. Ce sont elles qui déterminent le timbre de l’instrument. Grâce à l’égalisation, vous allez pouvoir jouer sur le volume de la fondamentale et des harmoniques.
Il est intéressant d’égaliser un son pour :
- retirer certaines fréquences indésirables de votre enregistrement ;
- valoriser ou atténuer des plages de fréquences selon le contexte ;
- appliquer des effets créatifs ;
- répartir clairement vos éléments musicaux sur le spectre des fréquences audibles.
Au-delà de l’équilibre fréquentiel d’un instrument ou d’une voix, c’est l’équilibre fréquentiel de l’ensemble du morceau qui rentre en jeu. On appelle cet équilibre global la balance tonale ; cette balance a une grande influence sur la nature du mix. On aura par exemple tendance à parler d’un mix fin ou agressif si les aigus sont surreprésentés.
Pour réussir sa balance tonale, il est important d’équilibrer le volume des différentes plages de fréquences du morceau en fonction de la sensibilité de l’oreille humaine : les physiciens Fletcher et Munson ont montré qu’au même niveau de volume, nous avons plus de difficulté à percevoir les basses par rapport aux mediums et aux aigus. Pour distinguer une grosse caisse d’une guitare jouant au même volume, il faudra donc augmenter le niveau de la grosse caisse.

Reconnaître les fréquences
L’oreille humaine perçoit théoriquement les fréquences comprises entre 20 Hz et 20 000 Hz. On peut découper cette plage en octaves. Il s’agit d’un doublement de fréquence. Il y a une octave entre 100 et 200 Hz, mais aussi entre 8 000 et 16 000 Hz.
Il est très utile de savoir reconnaître à l’oreille les principales zones fréquentielles avant d’utiliser un égaliseur. Vous risquez dans le cas contraire de détériorer l’équilibre de votre morceau. On distingue plusieurs ensembles dont les limites exactes sont souvent débattues. Par conséquent, les valeurs suivantes restent indicatives et ne s’appliqueront pas forcément à toutes vos productions.
Les basses ou les lows
Correctement mixées, les basses sont associées aux impacts, au rythme, à la puissance et à la sensation d’un mixage chaleureux. Surreprésenter les basses donne l’impression d’un mix flou, sourd, où les éléments ne se distinguent pas. Vous trouverez ci-dessous quelques octaves caractéristiques.
- 32 Hz : on parle souvent des subs pour désigner la zone autour de cette fréquence. Elle relève du domaine de la sensation plus que de l’audible et concerne principalement les impacts.
- 63 Hz : il n’est pas rare de trouver la fondamentale d’une grosse caisse (kick) vers cette octave. On entre dans le monde de l’audible, mais pas du tonal ; cela signifie qu’il est encore difficile de distinguer les notes dans cette zone.
- 125 Hz : c’est typiquement par là que ronronne une basse électrique. On passe la limite du tonal. Il s’agit d’une octave intéressante pour doser la sensation chaleureuse associée au bas du spectre.
Les bas mediums ou les low-mids
Passer la frontière des bas mediums, c’est confirmer l’entrée dans le monde tonal, amorcée à l’extrémité des basses. Ici, les notes sont distinctes tout en étant porteuse d’une sensation de grave. Les low-mids sont par extension associés au « corps » d’un instrument ou d’une voix. C’est cette impression d’un son riche, plein. On y trouve notamment deux octaves.
- 250 Hz : avez-vous déjà entendu parlé de rondeur dans le son ? C’est notamment dans cette zone qu’il est possible d’aller la chercher. On trouve souvent le bas des guitares et l’impact des caisses claires vers cette octave. C’est aussi une zone où les résonances peuvent facilement surgir. Si cette zone est hors de contrôle, on parlera de son « muddy » ou « boueux » en français, synonyme d’un manque de clarté dans la séparation des instruments.
- 500 Hz : il s’agit d’une zone partagée par de nombreux instruments : piano, guitares, voix, cuivres… Autrement dit, il peut s’agir d’un espace conflictuel où il s’agira de privilégier des instruments par rapports aux autres grâce à l’égalisation et à la gestion des volumes. Trop de 500 Hz peut donner la sensation d’un mixage nasillard (« honky » en anglais).
Les hauts mediums ou les high-mids
Une zone primordiale dans la percption des sons. L’oreille y est très sensible. On peut lui associer les termes « clarté » ou « présence », mais aussi « claquant » et « agressif ». Ci-dessous, quelques octaves caractéristiques.
- 1 000 Hz : c’est l’une des octaves que l’on entend le mieux. Elle sert souvent de référence pour mesurer la sensibilité d’un micro. C’est un espace intéressant pour mettre un instrument soliste ou une voix sur le devant de la scène.
- 2 000 Hz : en vous rapprochant de cette octave, vous percevrez le claquant propre à une caisse claire, aux cordes frappées d’un piano ou à un accord de guitare.
- 4 000 Hz : une octave intéressante pour ajuster la définition d’un son ou lui donner un côté incisif. Vous y trouverez peut-être le frottement des cordes de guitares, le grésillement d’un synthé, la vibration métallique d’une cymbale ou l’articulation d’une voix.
Les aigus ou les highs
Dans un mixage, les aigus sont associés à une sensation d’ouverture, de brillance et d’excitation. Les percussions et les voix cristallines y occupent une place de choix. Surdoser les aigus peut donner un mixage irritant ou trop « fin ». On y trouvera nos dernières octaves utiles.
- 8 000 Hz : une octave prisée par les sibilances de la voix comme les sons -s, -t, -j ou -f. De façon général, on peut entendre une forme de brillance dans cette zone.
- 16 000 Hz : on sort presque de l’audible. Certaines personnes parlent de l’air d’un mixage ou d’une impression de largeur lorsque cette plage de fréquence est augmentée.
Maintenant que vous avez ces repères, vous pouvez commencer à utiliser votre EQ.
Les réglages d’un égaliseur
Il existe différents types d’EQ et tous n’ont pas les mêmes possibilités de réglages. Voici néanmoins quelques paramètres courants :
- La fréquence : c’est la zone de l’espace fréquentiel où agit l’égaliseur ;
- le gain : c’est le niveau d’atténuation ou d’augmentation de la fréquence visée ;
- la largeur de bande ou qualité (Q) : c’est le degré de précision de l’égalisation ;
- la courbe d’égalisation : c’est le comportement adopté par l’EQ pour traiter le son.
Il faut également distinguer trois grandes familles d’égaliseurs :
- les EQ paramétriques offrent un contrôle sur l’ensemble des paramètres ;
- les EQ semi-paramétriques ont des réglages prédéterminés comme le Q ou la fréquence ;
- les EQ graphiques découpent le spectre audible en un certain nombre de bandes de fréquences. On les utilise souvent dans le cadre de concerts.
Pour simplifier l’explication du comportement d’un EQ, les exemples suivants utiliseront un EQ paramétrique à représentation visuelle.
Les filtres coupe-bas (high pass filters)
Les high pass filters, aussi appelés HPF, coupe-bas ou passe-haut, sont des filtres permettant d’atténuer les basses fréquences. L’atténuation suit une pente plus ou moins prononcée. Une pente de 6 dB par octave implique une réduction de 6 décibels à chaque fois que la fréquence de coupure est divisée par 2. Ce filtre est idéal pour laisser place à la basse ou au kick dans un morceau.

Les filtres coupe-haut (low pass filters)
À l’inverse des filtres précédents, les low pass filters, LPF, coupe-haut ou passe-bas permettent d’atténuer les hautes fréquences. Tout comme les HPF, l’atténuation suit une pente. Ici, une pente de 6 dB par octave implique une réduction de 6 décibels par doublement de la fréquence de coupure. Appliquer ce genre de filtres permet parfois de calmer certains sons aigus trop agressifs.
Combiner deux filtres coupe-bas et coupe-haut pour ne garder que les médiums et les hauts-médiums d’une voix permet d’obtenir le fameux effet téléphone.

Les filtres plateaux (shelf filters)
Alors que les filtres coupe-haut et coupe-bas diminuent progressivement le volume des hautes et des basses fréquences, les filtres en plateaux proposent un traitement plus uniforme. Les filtres low shelf concernent les basses tandis que les filtres high shelf sont utilisés pour les aigus.
Il est possible avec un shelf de diminuer et d’augmenter toute une plage de fréquences. Ce genre de filtres est utile pour rééquilibrer une balance tonale. Ils trouvent parfaitement leur place dans un contexte de mastering où l’on égalise l’ensemble d’un mixage.

Le notch
Si une fréquence particulière vous gêne (une résonnance par exemple), vous pouvez utiliser un notch pour l’atténuer au maximum. Le notch se caractérise par une largeur de bande (Q) extrêmement réduite pour précision d’action chirurgicale.

Les courbes en cloche (bell curves)
Les cloches ou bells permettent de cibler une fréquence particulière afin de l’accentuer ou la réduire. Elle agira également, dans une moindre mesure sur les fréquences alentours. Ici, la largeur de bande est souvent plus large que celle d’un notch pour un résultat plus musical.

Conseils d’utilisation d’un EQ
Il n’y a pas à proprement parler de règle absolue concernant l’utilisation d’un égaliseur. Néanmoins, voici quelques conseils :
- ne mixez pas avec les yeux ; tous les EQ n’ont pas forcément d’interface graphique et c’est parfois préférable. Un mouvement jugé trop drastique à l’œil ne choquera pas forcément votre oreille.
- Un Q précis est efficace pour atténuer une fréquence gênante. Si vous vous en servez pour booster une fréquence, vous créerez une résonnance, ce qui peut manquer de musicalité.
- Vous ne pourrez pas obtenir plus d’un signal que ce qu’il contient. Vous n’obtiendrez pas une basse à partir d’un triangle, même si vous en boostez les subs à grands coups d’égalisation. Il est important d’obtenir un son proche de ce que vous voulez dès l’enregistrement.
Enfin, soyez toujours en mesure de justifier l’utilisation d’un égaliseur ; n’appliquez pas un coupe-bas simplement parce qu’un tutoriel vous a dit de le faire. Si l’égalisation est l’un des outils les plus puissants dans l’arsenal des ingés son, il n’est pas obligatoire de l’appliquer sur toutes vos pistes. N’hésitez pas à vous entraîner sur les EQ de votre DAW avant d’acheter le moindre plug-in tiers.

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