Que deviendra le monde de la Culture si l’extrême droite passe ?

Le 7 juillet 2024, les Français décideront de leur prochain gouvernement. Un scrutin qui place l’extrême droite du Rassemblement National (RN) en position d’obtenir une majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Cette possible majorité impliquerait la nomination d’un Premier Ministre RN en la personne de Jordan Bardella. Quelles seraient les conséquences sur le monde de la Culture en France ?

Peu de place pour la culture dans les programmes RN

Le programme culturel du Rassemblement National lors de l’élection présidentielle 2022 était avant tout centré sur la rénovation des monuments historiques en  vue de permettre le « redressement moral » de la France.

En politique, cette expression n’est pas sans rappeler la période de l’ordre moral, qui correspond à une volonté de restaurer une société monarchique conservatrice et strictement religieuse à la fin du XIXe siècle. La notion de « redressement moral » est aussi présente dans le discours d’armistice prononcé par Pétain en 1940, préfigurant le régime antisémite, xénophobe et discriminatoire de Vichy.

Dans l’agenda culturel du RN, le redressement moral passe par la mobilisation de la jeunesse sous la forme d’un service national destiné à l’entretien du  patrimoine… Mais pas seulement.

L’extrême droite et la culture sélective

Selon l’institut de sondages Ipsos, les votants entre 18 et 24 ans représentent près de 30% de l’électorat du Rassemblement National. Le parti compte bien encadrer leurs centres d’intérêts, en proposant par exemple en 2022 d’écarter les mangas des biens couverts par le pass Culture. Du point de vue de l’éducation, le programme du parti compte recentrer l’enseignement sur les matières dites « prioritaires » : l’histoire, les maths et le français. Aucune mention des langues, des arts ou de la musique.

De manière plus générale, les municipalités RN ont discrètement débuté la sélection d’une culture légitime selon les critères de l’extrême droite. À Hénin-Beaumont, en 2014, le maire Front National (ancien nom du RN) avait déjà coupé les subventions de la Ligue des Droits de l’Homme. En juin 2022, du côté de Perpignan, la mairie de Louis Aliot a célébré le passé colonial de la ville.

Cette redéfinition du spectre culturel et associatif est fréquente sous les gouvernements nationalistes. Au printemps 2018, en Hongrie, le gouvernement de Viktor Orbán, soutien du RN, a interdit la comédie musicale Billy Elliott par crainte que sa diffusion « ne transforme les petits garçons hongrois en homosexuels« . En Tchétchénie, le président Ramzan Kadyrov a décidé en avril 2024 de limiter le tempo des musiques entre 80 et 116 battements par minute (BPM), estimant ainsi préserver le pays d’une exposition à l’electro occidentale.

La privatisation du service public et de l’audiovisuel

D’un point de vue financier, la Culture (et la musique par extension) s’inquiète de la privatisation de l’audiovisuel public annoncée par le Rassemblement National. Pour Jordan Bardella, « c’est trois milliards d’euros d’économie ».

En réalité, cet argument d’apparence pragmatique cache une attaque aux valeurs du service public définies par la loi de 1986 sur la liberté de la communication audiovisuelle ; on peut citer entre autres le respect de la dignité de la personne humaine, la liberté et le pluralisme. Par ailleurs, il faut rappeler que si la culture a un coût, les industries culturelles et créatives françaises généraient 92 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019. Un marché plus important que celui de l’automobile et encore stable en 2022.

Hors du RN mais toujours à l’extrême droite, Marion Maréchal (anciennement Marion Maréchal Le Pen) s’est prononcée en faveur de la suppression de l’intermittence. Or, une grande partie de l’économie culturelle française est organisée autour de ce régime, dont dépendent notamment les artistes et les techniciens.

La France compte plus de 300 000 intermittents, soit près de la moitié des 640 000 emplois que représentent les industries culturelles et créatives. Au delà de permettre aux acteurs de la Culture de survivre entre deux contrats, l’intermittence donne la possibilité aux techniciens du spectacle de se former régulièrement aux dernières évolutions de leurs métiers ; parmi les formations essentielles, on retrouve notamment celles qui concernent la sécurité des événements et des conditions de travail.

Le renfermement de la Culture

Qu’attendre d’une Culture subsistante sous le Rassemblement National ? D’un ministère d’extrême droite se retrouvant aux commandes des Centres Nationaux du Cinéma et de la Musique ? Au mieux un renfermement conservateur et un appauvrissement considérable du secteur. Au pire la confirmation de l’héritage pétainiste et nazi du parti.

L’hypothèse d’un repli sur soi de la Culture est d’autant plus renforcée par les positions eurosceptique du RN, qui prônait encore récemment une sortie de l’Union Européenne. Un tel événement serait extrêmement dommageable à l’export des productions culturelles françaises : on se rappelle des conséquences désastreuses du Brexit sur l’industrie musicale britannique.

Les acteurs de la Culture française ne s’y trompent pas. Du côté de la musique, une pétition appelant à voter contre le RN a réuni les signatures de 500 artistes fin juin 2024. Plus polémique, un collectif de 20 rappeurs a publié début juillet 2024 un morceau anti-RN. Enfin, ce mercredi 3 juillet, l’orchestre du nouveau monde s’est réuni devant le siège du parti afin d’y interpréter une version parodique datant de 1941 du chant pétainiste Maréchal, nous voilà.

Terminons cet article en précisant que ce blog vous invite aussi à faire barrage au Rassemblement National le 7 juillet 2024.